dimanche 23 avril 2017

Critique (monostiche)


                          "Une érotique de la brevitas et l'allegro de la rime vivace."

                                          

Glose, I (imitation sérieuse)

Selve où vont
cendres
d'une panthère parfumée.

(Dans la selve, D.
perçoit des effluves de
panthère cendrée.
Animal nulle part
partout respiré.)

dimanche 16 avril 2017

La lampe (W.)

Non, ce qui m’attendrait, au sortir de son immeuble, ce n’était que le vent qui se lèverait par intermittence sur l’avenue, dépêchant ses cohortes chaque jour plus denses de feuilles mortes à l’assaut des trottoirs, fin septembre, et disperserait avec elles les derniers passants, après quoi le tram, léger tangage, agréable cela, par les rues calmes, sur le chemin du retour, dans l’atmosphère qui n’enveloppe la ville que vers le soir, quand la lumière déclinante allume entre les branches des tilleuls une dernière incandescence pâle, incertaine, comme la flamme vacillante d’une lampe sur le point de s’éteindre. Quelqu’un

avait soufflé la lampe.

mardi 21 mars 2017

Muances (W)

Oui, voir cela, un jeune homme déambuler, et disparaître, avenue Chopin. Sur cette image le récit pouvait s’ouvrir, et prendre son essor, sans jamais véritablement commencer tout à fait, pourtant, comme il apparaîtrait plus tard, puisque sur l’instant de cette genèse il faudrait s’arrêter, et revenir, reprenant toujours à partir de ce point où, devenant visible, il s’évanouissait, entre épiphanie et faux départ. Point où tout entier il se serait recueilli, se donnant et se dérobant simultanément, s’approchant et m’échappant, toujours avec douceur, doucement. Un don ? Je n’en pouvais rien faire. Mais, tu sauras alors, dirait-il, le narrateur que tu n’es pas. A cette perte dont l’image initiale était la manifestation calme, bouleversante, il faudrait consentir. Elle formerait le sang, toute la matière de mon récit. A la dépossession à quoi cette perte exposerait, à cette très grande vulnérabilité qu’elle ouvrirait en soi comme les lèvres d’une plaie, qui ne se refermeraient, il faudrait consentir encore. Il semblait ne pas devoir exister d’alternative au récit déchiqueté, problématique qui en résulterait.


C’était d’une certaine façon, je le comprenais maintenant, sinon l’image même, une image de ma jeunesse, ce premier murmure sur les lèvres du récit. C’était l’image d’une genèse dont je ne pouvais, je ne voulais, je ne pouvais sortir. Voilà pourquoi le récit devait reprendre encore, comme de lui-même, affranchi désormais de l’espérance d’échapper à ce ressassement qui l’empêchait pouvait-on croire de se poursuivre, et de courir son erre indéfinie, le cours aléatoire par lequel il advenait à lui-même. Ainsi le narrateur se ferait-il toujours plus attentif aux intervalles, aux intermittences, vent sur l’avenue, silence parfois soulevé et à peine rompu, sur le trottoir, de quelques déchets. Le début était muances, variété de nuances.

S’installant au piano, comme autrefois, Sàndor jouerait La Livri, tandis que moi, dans ma pièce sans particularité, en dernier témoin je modulerais, devant une photographie, noire et blanche, sans anicroche l’extinction de toute voix.

samedi 11 mars 2017

Entretien

Comment faire autrement serait la question difficile du poème, la source et la direction de son geste ?

vendredi 10 mars 2017

"très riche nihil" (W.)

J’ignore pourquoi je continue, pourquoi il faut continuer.


Pour l’amour d’un simple mot, peut-être, rien. Je ne saurais mieux dire. Il entrait je ne sais quoi de fragile et d’inaltérable dans la transparence de cette syllabe seule, qui contenait le monde. L’asphyxie uniformément grise d’une après-midi pluvieuse, tout l’automne, la forme d’un nuage loin, les mille incidents du quotidien, les mille péripéties, et jusqu’à l’absence de péripétie elle-même, parlaient dans ce mot étrangement, de la même voix. 

J’ignore pourquoi, je continue,  il faut continuer.

Oui et non, inséparés. Les choses respiraient mieux, à l’intérieur de ce mot circulaient avec une liberté nouvelle, une fluidité déconcertante, entrant et sortant, en une circulation presque incessante, merveilleusement labiles et diaphanes, dansantes. La mort y trouverait sa place, comment faire autrement, mais alors ce ne serait plus elle le dernier mot ?

Au bout du conte (W.)


A cette fadeur, consentir, au bout du conte. Cette espèce de fureur qui depuis si longtemps était en lui, finirait bien par s’éteindre à son tour, finirait bien par se tarir, peu ou prou. Du moins pouvait-il l’espérer. Il finirait par consentir, d’un consentement, comme furent toutes choses importantes dans sa vie, tardif, lequel ne serait, au bout du conte, que l’œuvre de ses mains vides. A cette pauvreté qui aurait formé, comme il l’avait appris, quelquefois à ses dépens, le seul bien, le monde en quelque manière pouvait répondre, s’offrant à lui dans le plus simple appareil, nudité intégrale de l’espace ce soir-là, si c’était bien le soir, cette obscurité bruissant entre les branches, maintenant que le narrateur s’était enfin décidé à donner congé à la lumière et que commençait à se défaire autour de lui l’intrigue des couleurs et des formes. Ses yeux scrutant l’avenue ne rencontreraient dès lors plus rien, qu’elle, l'obscurité, mais n’était-ce pas aussi, maintenant, un peu la sienne, et peut-être en elle le contour presque indiscernable d’un jeune homme selon l’itinéraire que lui assignerait le vent, et alors, seulement alors, il verrait que tout cela était rien, que tout cela était bien.